Son nom est apparu sur l’écran de mon téléphone. Il fait partie de la toute première génération de « primo-arrivants » accueillis par Marcq Terre d’Accueil : Abdallah (c’est son prénom). Réfugié du Soudan, on s’est rencontrés la première fois en compagnie de notre « partenaire » COALLIA dans son appartement d’accueil à Wazemmes. Il venait d’être rejoint par sa jeune femme et leur petite fille âgée de 4 ans ; 30 octobre 2018… On ne s’est jamais perdus de vue depuis…

Coup de fil donc. Ce n’est pas fréquent, un signe à distance, savoir qu’on est toujours là, et disponibles… Salutations d’usage et puis très vite : « Ça y est, j’ai mon permis ! ». Cette fois-ci on se donne rendez-vous, ce sera chez lui.

Métro Wazemmes, immeuble en bas de la rue, parlophone, coup de sonnette. Le portail s’ouvre, un jeune garçon m’attend dans le couloir. Bien sûr je le connais, je l’ai vu naître. « Lui au moins, disait son père, il ne vivra pas dans l’angoisse d’obtenir un droit de séjour ! » : le Droit du sol, héritage de la révolution française avec la Liberté, l’Egalité et la Fraternité – la famille pouvait s’enraciner. Il m’accompagne jusqu’à la porte de l’appartement. Il me dira tout à l’heure qu’il joue au foot dans une équipe du quartier ; et sa grande sœur aussi d’ailleurs, maintenant au collège…

Abdallah m’attend à la porte, On s’étreint et on s’installe, après le verre d’eau fraiche rituel, pour un petit café. « Cinq fois, cinq fois que je me suis présenté au permis, j’ai galéré ! ».  Je me revois avec lui et une délégation de MTA, quelque peu avant le Covid, dans les bureaux de la Caisse Solidaire du Crédit Mutuel avec qui nous inaugurions un partenariat, pour négocier un prêt pour ses leçons de conduite …

Dans cet appartement familier les souvenirs voltigent. L’emménagement, les appareils  ménagers de première nécessité, l’apprentissage du français pour la maman tout juste arrivée du Soudan, l’organisation d’un groupe de soutien au sein même de l’immeuble, avec sa voisine Edith, aujourd’hui décédée, qui avait rejoint MTA … les fuites d’eau dans les toilettes et les factures indues, l’appel à l’association de locataires de l’immeuble (CLCV) suite aux comportements agressifs et à relents racistes d’une voisine, ponctués d’interventions policières, les démarches administratives, et les fêtes de familles MTA … « Oui, MTA a beaucoup fait pour l’insertion de notre famille » il ne cesse de le répéter. Avec les souvenirs surgissent des noms, parfois imprécis: «  Marie, tu sais, Marie, j’ai oublié son autre nom, elle n’habite pas loin de chez toi, on en parle souvent, comment va-t-elle ? ». Marie ? Mais oui, c’est toi Marie-Do, combien de fois t’es-tu rendue chez eux pour les cours de français à madame ? Tu n’es pas oubliée.

Et il y a eu la recherche de l’emploi, dans tous les sens, plombée par le handicap de la langue et le manque de formation professionnelle. Il s’était trouvé un scooter qui lui permettait de se déplacer et de trouver des petits boulots… Finalement il a trouvé une formation chez les ‘Filabuleuses’ – une autre association en lien avec MTA – qui l’a acheminé vers un emploi d’insertion (CCDI) de deux ans à ‘Confectio’, où il a, comme il se doit, retrouvé deux autres membres de notre association. Le voilà diplômé, et avec un permis de conduire, pour une nouvelle étape. Nous ne nous perdrons pas de vue.

Oui, Abdallah a eu son permis … quelle belle balade ce matin-là, en terre d’accueil !

Balade en terre d’accueil