Je n’ai pu résister à l’envie de le faire savoir sur notre site : Une petite Isra nous est née !
Moins de deux semaines plus tôt, nous étions, avec sa future maman, aux bureaux de la CAF pour essayer de comprendre pourquoi son compte, auquel toutes les allocations sociales sont attachées, était à nouveau bloqué.
Un ‘’trop-perçu’’, nous a-t-on dit, lui aurait été versé tout au long de l’année précédente. Un « trop-perçu » ? Oui, chaque mois, tout au long de l’année ! Sans avertissement ! Versé par qui, pourquoi ?
Un trop-perçu, accumulé, mois après mois, et qu’il s’agirait maintenant de rembourser ! Rembourser ? quand on navigue au jour le jour au-dessous du minimum pauvreté et qu’un troisième enfant dans la famille est annoncé ?
Je vous fais grâce des négociations – bienveillantes au demeurant – soldées par un accord sur un remboursement minimal étalé sur un an… Pas vraiment satisfaisant, mais supportable… Et surtout, le compte débloqué, l’accès aux droits sociaux réactivé. ‘’Merci, commente notre amie, heureusement vous étiez là. Moi, seule dans un cas comme ça, avec mon français, c’est ‘Oui/Non’, et c’est fini !
Une chose de réglée. On en profite pour pousser la porte des bureaux voisins de la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) : où en est la remise de la carte Vitale de notre amie, toujours en attente depuis la saga des délais de fabrication de sa carte de séjour (voir sur notre site…) ? ‘‘Ici on ne reçoit que sur rendez-vous’’. Mais rien ne résiste aux
cheveux blancs de mon épouse. C’est du moins ce qu’elle affirme, et ça marche : l’unique employée, isolée au milieu des bureaux vides, accepte de consulter son ordinateur : Oui, la carte de madame est en route et ses droits maternité sont en ordre. Parfait, tout est prêt pour l’accueil de la petite Isra qui, elle, plus tard, si elle en fait bien la demande à temps et remplit les conditions, pourra obtenir la nationalité française à ses 18 ans… A moins que…
A moins que, d’ici là, sa maman n’ait pu sécuriser son séjour. Car dans un peu moins de 10 ans elle aura épuisé ses droits au séjour temporaire. Il lui faudra désormais une carte ‘’pluriannuelle’’ – carte dont la récente ‘loi Darmanin’ a singulièrement durci les conditions d’accès. Il lui sera par exemple exigé un niveau de ‘’Français intermédiaire, parlé et écrit, A2’’ – niveau pour lequel l’Unesco estime qu’il faudrait au moins 3000 heures de formation à un adulte qui n’aurait pas été scolarisé. ‘’Une mesure particulièrement absurde et terrible, commente La Cimade[1], affectant de très nombreuses personnes qui redeviendront sans-papiers après cette période. Une mesure qui fermera la porte aux personnes précaires – souvent des femmes – non-francophones, peu ou pas scolarisées dont la langue maternelle a une grande distance linguistique avec le français’’…
C’est le cas de notre amie… Dans 10 ans… Je ne serai sans doute plus là pour vous raconter comment ça se sera passé !
Jean-Marie
[1] La Cimade – Décryptage de la loi asile et immigration du 26 janvier 2024 – extraits p.15 et 16